CHAPITRE I

CHAPITRE I
~ Chapitre I ~


Assis sur le balcon de la chambre d'hôtel où ils étaient, encore une fois, prisonniers pour une nuit, Tom avait les yeux perdus dans le vague. Son corps fin, perdu dans les méandres d'un t-shirt trop ample, était doucement bercé au rythme de sa respiration. Sa main pendait dans le vide, alors qu'il avait passé son bras entre deux barreaux de la grille ; et, du haut des quatre étages, quelques cendres tombèrent, débris sans espoir de la cigarette suspendue à ses doigts.
Il eut un sursaut en sentant une brûlure lui mordre les phalanges, lâcha le mégot et se passa une main sur le visage, essayant de se souvenir comment tout avait bien pu commencer. Il ne put se concentrer longtemps ; dès qu'il abaissa ses paupières, il vit la peau blanche, sentit l'odeur délicate, toucha mentalement les lignes fines de cette chair dont il ne pouvait pas se passer. D'ailleurs, il n'arrivait pas à faire une distinction claire entre lui et l'objet de son désir.
S'apprêtant à se laisser choir dans les volutes de plaisir que lui apportait l'illusion de son imagination, il fut ramené à la réalité brutalement par un goût métallique entre sa langue et son palais.
Du sang.
Il se leva, essaya de cracher, mais la salive qui s'abattit sur le béton était tout ce qu'il y a de plus normale. Il n'eut pas à réfléchir longtemps pour trouver la raison de la sensation désagréable qui venait de s'emparer de lui, et retourna dans la chambre. Bill s'était redressé dans le lit.
« Tu t'es fait mal ? demanda Tom.
- Je me suis simplement mordu la langue, répondit l'intéressé. Tu ne dors pas ?
- Non. Sûrement le stress.
- Comme si c'était ton premier concert...
- Ce n'est pas le tien non plus. Que fais-tu réveillé ? »
Bill ne répondit pas ; en revanche, il tendit une main vers celle de son frère, et n'eut même pas besoin de le toucher pour que ce dernier comprenne qu'il voulait qu'il revienne à ses cotés. C'est ainsi que fonctionnent les jumeaux : toujours un instant d'avance. Tom monta sur le lit, enjamba son frère pour retourner de son coté, et se laissa tomber dans un soupir. Face au visage de Bill, il vit le filet de sang qui s'échappait d'entre ses lèvres. Il l'essuya doucement.
« Tu saignes bien... Comment tu t'es débrouillé pour te mordre à ce point ?
- J'avais froid. »
Pour appuyer ses dires, il serra son corps glacé contre celui de Tom, qui n'avait pas beaucoup plus chaud. Ce dernier retira son t-shirt, dans l'espoir d'offrir à son frère un peu de chaleur humaine, au sens propre. Il joua quelques instants avec les mèches de cheveux noirs qui encadraient le visage angélique face à lui, avant de presser avec précaution ses lèvres contre celles du grand blessé. Avec douceur, il but les quelques gouttes de sang qui restaient dans la bouche du chanteur, et lorsque leurs visages s'écartèrent enfin, Tom détourna le regard.
Bill eut un petit sourire à la vue de cet embarras absurde.
« Il paraît que le premier baiser a un goût de citron, dit-il d'une voix amusée.
- C'est pas comme si c'était le premier, non plus...
- Reste que je me demande encore quel goût il avait, le premier.
- Un goût de sang, déjà cette fois-là.
- Ah, je m'étais déjà mordu la langue ?
- Tu n'as vraiment aucune mémoire ? »
Bill fit la moue.
« C'est pas ça. Mais ma mémoire est focalisée sur mes chansons, moi.
- Je retiens mes accords, mais ce n'est pas pour autant que j'oublie ce qu'on fait tous les deux. »
Tom jeta un regard amusé à son frère qui se reculait dans le lit en croisant les bras, la mine boudeuse. Il avait toujours été plus enfantin que lui : plus souriant, plus expansif, plus émerveillé par tout et n'importe quoi... C'était sans doute ce qu'il y avait de plus mignon chez lui.
Deux ans plus tôt, la naïveté naturelle de Bill lui avait encore joué des tours. Alors que Tom était déjà assez lucide pour abandonner l'idée d'une relation ayant une quelconque ampleur autre que physique, Bill, de son coté, s'était encore entiché de ce que son frère avait, pour une énième fois, appelé une godiche, et se dirigeait inexorablement, pour une énième fois, vers une rupture douloureuse. Ayant certainement fait une remarque déplacée, un geste mal interprété ou un simple regard que l'infâme avait utilisé comme excuse pour rejeter la responsabilité de la séparation sur l'adolescent qui ne présentait, pour elle, plus aucun intérêt maintenant que leur idylle était consommée, Bill se fit jeter en beauté. Et pour ajouter du cachet à la scène, l'abjecte amante lui avait envoyé une violente gifle dont elle pourrait sans doute se vanter auprès de ses amies. Ce jour-là, elle s'était sans doute découvert une vocation de lutteuse, car elle le frappa si fort qu'elle le blessa, lui entaillant la gencive. En le voyant saigner, la jeune fille s'était empressée de fuir, laissant Bill seul, pétrifié d'horreur. Lorsqu'il rentra au studio, un peu plus tard, et que Tom se mit à le sermonner pour son retard – tous trois, avec Gustav et Georg, l'attendaient depuis des heures pour travailler – Bill baissa la tête, appuya son front contre l'épaule de son frère, et laissa tomber au sol un crachat bruni par le sang. Par pudeur envers les jumeaux, les deux musiciens quittèrent la pièce, allant s'installer à la cuisine pour quelques temps. Seuls au milieu des instruments, les Kaulitz ne bougèrent pas d'un cil, prisonniers d'un instant où ils se perdaient, ne comprenant pas bien ce qui leur arrivait. Avalant sa salive, Tom prit son courage à deux mains et passa un bras autour du tronc de son frère, avant de lui relever le visage du bout des doigts. Comme un prémisse à tant de déviances futures, comme une sentence durement prononcée par un juge fataliste, leurs lèvres se rejoignirent dans une impitoyable étincelle.
« Je suis sûr que ça a quand même eu un goût de citron.
- Couvert par les morceaux de gencive qui flottaient dans ta bouche. »
Bill haussa les épaules avant d'effleurer celles de son frère. Tom prit un air désintéressé qui ne put durer longtemps, avala sa salive et, comme s'il capitulait, passa ses bras autour du corps fin allongé à ses cotés et plongea son nez dans la masse de cheveux noirs. Il tenta d'identifier l'odeur qui s'en dégageait. Coriandre ? Cannelle ?
« Fleur d'oranger. C'est un nouveau shampooing. »
Tom cligna des yeux, ne sachant quoi répondre. L'expression de son frère s'était tintée d'espièglerie, illuminée par le sourire qui était devenu sa marque de fabrique. Dans ce genre de cas, il n'y avait pas d'autre moyen pour ne pas perdre la face que de se prendre au jeu.
« J'ai pensé trop fort ?
- Pas tellement, mais ça fait vingt minutes que tu as le nez dans mes cheveux. Regarde, il commence même à faire jour !
- Je m'en tape, soupira Tom en serrant son frère plus fort. Aujourd'hui, je ne me lève pas.
- Il faudra bien que tu te lèves pour le concert.
- C'est dans seize heures.
- Quand même. Et je suis sûr que l'odeur des croissants finira par te tirer du lit...
- Tu n'as pas bientôt fini avec les goûts et odeurs ? »
Les deux billes espiègles, pour une fois démaquillées, s'illuminèrent.
« Tu sais bien que je ferais tout pour t'emmerder, lança Bill.
- J'avais remarqué.
- Je suis démasqué.
- Pauvre de toi.
- Je survivrai.
- Dommage. »
Devant l'air choqué de son jumeau, Tom retint un rire.
« J'ai gagné, dit-il simplement.
- Et alors ? Je suis censé te décerner un prix pour ça ?
- Serais-tu vexé, petit frère ?
- Ne m'appelle pas 'petit frère'. »
La voix froide du chanteur rappela son frère à l'ordre. Evidemment, hors de question d'évoquer ce lien. Depuis deux ans, il était obsolète. Et pourtant, il y avait bien des moyens de désigner ce qu'ils étaient.
Ils étaient musiciens. Ils étaient partenaires. Ils étaient amis, alliés, complices.
Ils étaient amants.
Les frères étaient morts.
Bill se leva et quitta la chambre.
*

Ils ne se revirent que plusieurs heures plus tard, et étaient entravés par la présence de Georg et Gustav. Pas qu'ils aient déjà mal réagi aux attaches très fortes entre les jumeaux, mais ils étaient très loin d'imaginer entre eux des relations autres que fraternelles. Oh bien sûr, ils connaissaient mieux que quiconque les photos ambiguës qui faisaient crier de joie les fans, et ils entendaient les sous-entendus que les jumeaux glissaient dans les conversations, mais ils les avaient toujours pris pour un jeu, une blague que eux, pauvres mortels, ne pouvaient comprendre. La vérité était plus sordide : il n'y avait aucun sous-entendu. Ce qu'ils prenaient pour de savantes plaisanteries n'étaient que la crue et impitoyable vérité. Quelque part, Tom aurait préféré qu'ils comprennent. Qu'ils les sermonnent. Que quelqu'un entre enfin dans l'horreur de leur bulle. Tant qu'ils y seraient enfermés, ils n'auraient jamais le recul nécessaire pour voir vers quelle issue tragique les menaient leur couple.
« Allez, on répète encore une heure et on va se préparer pour le concert.
- Tes cheveux sont trop plats ? plaisanta Tom en secouant ses dreads.
- T'es lourd aujourd'hui, tu sais ?
- Mais non... »
Georg et Gustav se regardèrent un instant, et un accord mutuel et tacite entre eux s'imposa bien vite : il était hors de question de se mêler de ça. Si les jumeaux s'étaient disputés, intervenir serait du suicide ; même dans le malheur, même dans la haine, ils restaient unis et se rebellaient contre quiconque essayait de s'interposer. Si les garçons voulaient garder un semblant de figure humaine, l'ignorance était une condition sine qua non. Ils le savaient très bien.
Si jeunes pour déjà devenir déviants... Ils se repoussèrent avec la même force, éc½urés par ce qui venait de se passer entre eux. Bill s'essuya la bouche avec fureur, Tom se mit à hurler des injures. L'un empoigna le col de l'autre, l'autre le frappa au ventre ; ils ne savaient plus qui était qui, tant leurs deux corps ne formaient plus qu'un, jusque dans la bataille. Les coups s'abattirent violemment, des cris se firent entendre ; Gustav et Georg accoururent en trombe. La scène qui se déroulait devant eux était impensable : les jumeaux, qui avaient toujours été sur la même longueur d'onde, se battaient jusqu'au sang. Ils se regardèrent et fondirent sur Tom, le tirant en arrière, conscients que, bien que les deux Kaulitz aient la même corpulence, si l'un des deux prenait des risques, c'était bien Bill. C'est alors qu'arriva ce qu'ils n'avaient pas prévu. Tom, fou de rage, se retourna vers eux brusquement et les frappa avec force. Il s'époumona contre les deux seules personnes raisonnables de la pièce, les invectiva tant que possible, retournant vers son frère qui regardait les musiciens d'un air accusateur. Ils s'étaient mêlés de ce qui ne les regardait pas, et cette erreur ne leur serait pas pardonnée.
« Si. T'es lourd. »
Tom lâcha sa guitare qui tomba à terre dans un fracas. En un instant, il avait plaqué son frère contre le mur, un coude contre la tapisserie à coté de sa tête ; l'autre bras contre la poitrine de Bill, le maintenant immobile.
« Si tu veux dire que je suis lourd, attends que je te monte dessus. »
Gustav et Georg se lancèrent encore un regard. Cette fois, ils ne seraient pas si stupides.


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Hello !! Alors que pensez vous de ce debut ?? Il vous plait ?? Il vous donne envie d en lire plus ?? Dites moi tout je suis toute ouïe xD Biyoux !!!
# Posté le vendredi 18 janvier 2008 18:12
Modifié le jeudi 21 février 2008 16:05

CHAPITRE II

CHAPITRE II
~ Chapitre II ~


Bill soutint le regard de son frère. Ces derniers temps, il se mettait en colère bien plus souvent, mais cette fois, ça n'allait pas l'impressionner.
« Depuis le temps que tu le dis, tu pourrais peut-être t'y mettre, non ? Ca fait un moment que j'attends ! T'as vraiment que de la gueule... »
Tom fronça les sourcils, et, sans attendre un instant de plus, retira son bras du torse de son jumeau. De sa main maintenant libre, il souleva son immense t-shirt, et se mit à défaire la boucle de sa ceinture.
« Tu me prends pour qui ? »
Effrayé par cette détermination, Bill se mit à se débattre comme un chaton piégé. Il poussa brutalement le corps qui s'appuyait contre lui pour l'empêcher de bouger, et passa sous son bras pour se libérer. Ses mains tremblaient et il reculait lentement, sans s'en rendre compte, comme terrifié par un fauve, et se sentit d'un coup terriblement conscient de l'état dans lequel devaient se trouver les proies de la savane africaine face au regard dur d'un lion.
« Alors, qui n'a que de la gueule, maintenant ?
- Pas qu'on s'en fiche, risqua Gustav, mais on pourrait peut-être répéter, non ?
- Tu n'aurais pas dû... lui dit Georg à voix basse. »
En effet. Mais, conscient que de s'en prendre à eux une fois de plus serait une erreur, Tom préféra prendre la porte, laissant ses partenaires en plan. Gustav soupira, et Georg posa une main sur son épaule. Ils s'échangèrent un regard de dépit ; Bill détourna les yeux. Un long silence s'ensuivit ; il ne fut brisé que par l'un des musiciens, indéterminé dans cette gêne étouffante, s'éclaircissant la voix dans une quinte de toux.
« Il faut que ça s'arrête. »
Gustav continua.
« C'est vrai, Tom est de plus en plus énervé ces derniers temps. Non seulement ça plombe l'ambiance du groupe, mais en plus, ça va se ressentir sur son travail. Heureusement qu'on n'est pas en période d'enregistrement...
- Il doit être en manque, souffla Georg. »
Bill sursauta. Se pouvait-il que ses amis soient si perspicaces ? Avaient-ils remarqué ?
« Manque de... ? demanda Gustav en haussant les épaules. Sexe ou drogue ?
- Drogue, évidemment ! Peut-être sexe aussi. Il a une copine en ce moment ?
- J'en sais rien. »
Il se retourna vers Bill, se disant certainement qu'il devait être le mieux informé.
« Il est casé ?
- Comment ça, drogue ? s'exclama le chanteur, ignorant la question qui venait de lui être posée.
- Bah... Drogue, quoi. Il ne s'en cache pas, alors je ne vois pas pourquoi on n'en parlerait pas.
- Il ne s'en cache pas ?!
- Il s'en cache ?
- Il se drogue ?! »
Gustav et Georg s'échangèrent un regard d'incompréhension. Il était impossible que Bill, son frère, son jumeau, le seul à le comprendre et à vraiment le connaître, ne soit pas au courant de ses travers désespérés. Bill se mordilla nerveusement les lèvres, ne tenant plus sur place ; tremblant frénétiquement, il fit le tour de la pièce, jouant avec ses doigts. Tout se bousculait dans sa tête. Il venait de subir un ascenseur émotionnel pour le moins violent : alors qu'il avait craint, un instant, que sa relation avec Tom venait d'être découverte, la réalité était pire : il était en train de le perdre. Comment exprimer autrement ce dont il venait de prendre conscience ?
Il se souvint, l'odeur amère, les yeux injectés de sang, les hématomes au creux des bras. Se rendant compte soudainement qu'il n'avait rien voulu voir, il prit son visage dans ses mains. L'image de Tom l'assaillit sur l'instant. Il le vit lui sourire, étirant ces lèvres qu'il s'était appropriées ; il vit son piercing briller, ses yeux se plisser. Il le vit rire. Cela faisait si longtemps...


*

Les jumeaux avaient mis plusieurs jours à se parler à nouveau. L'ambiance des concerts était devenue insupportable ; Tom allait généralement loger à un autre hôtel, enchaînant, bien plus que d'habitude, conquête sur conquête, et Bill, dans sa douceur naturelle, prenait sur lui, se consacrant uniquement à la chanson. Les jumeaux évitèrent même de croiser leurs regards, de peur d'être jetés, de nouveau, dans la violence qui les avait envahis après leur débauche soudaine. Le lien qui les unissait leur prouvait au moins une chose : chacun recevait, comme par télépathie, comme un sacrement, l'image que l'autre se faisait de cette déviance. Une bête envahissante, un monstre implacable. Tous deux avaient si peur qu'ils n'osaient même penser à ce qu'ils avaient pu ressentir. Ce fut le soir d'un concert que la loi du silence se brisa ; alors qu'ils sortaient de scène, trempés de sueur et encore gorgés de l'adrénaline que chaque live leur procurait, les jumeaux se croisèrent dans les coulisses. Leurs deux visages apeurés, leurs deux mines perdues n'avaient jamais eu l'air si identiques. Ils se firent face, n'osant ni détourner le regard, ni affronter les yeux de l'autre ; et pour la première fois depuis longtemps, les deux pupilles dilatées par l'ombre backstage comparée à la scène se fixèrent, se virent réellement. « Ce n'est pas quand des yeux vous regardent que vous pouvez voir leur couleur » avait dit Sartre ; eux avait même oublié la couleur de leurs propres iris. Ils oublièrent leurs visages. Ils oublièrent leurs noms. Ils oublièrent leur famille, leurs amis, leur lien. Puis en ayant profondément envie, ils s'imaginèrent cette scène : l'un des deux faisant le premier pas, prenant les devants en plaquant l'autre contre le mur, l'embrassant violemment, lui labourant strictement le cou avec ses ongles. Sentant une vague de courage les envahir, ils se jetèrent l'un contre l'autre en même temps, et aucun des deux ne put prendre le dessus ; avec un sourire, ils échangèrent un simple baiser, comme si c'était une habitude, n'ayant que faire du romantisme brutal qu'ils s'étaient inventés. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, Bill, plus timide, laissa échapper un soupir gêné. Il vit le regard de son frère s'illuminer, ses dents s'afficher, puis ce rire, cristallin, s'échapper de cet être dont, à son plus grand dam, il tombait amoureux.

*

En deux ans, ils avaient tant ri ; mais jamais Bill n'aurait pu s'imaginer qu'ils en arriveraient à ce point. Il se jura que s'il entendait son frère rire à nouveau, il savourerait ce son si agréable. Il s'attendait au pire. Désormais incapable de répéter, Bill sortit de la pièce, après avoir salué Gustav et Georg d'un simple signe de main. Ils restèrent seuls dans la pièce.
« Quels crétins ces hétéros...
- J'ai pitié d'eux. »
Quelques rues plus loin, assis sur le muret d'un parc, Tom fixait un point sur le sol, totalement séparé du monde réel par des écouteurs vissés à ses oreilles, prodiguant une musique qu'il n'aimait pas. Le volume était si fort qu'il avait effrayé les chats errants ; certains passants, ne l'ayant pas reconnu, lui lançaient des regards assassins et marmonnaient quelques insultes : il ne les entendait pas. La pluie se mit à tomber, silencieuse, alourdissant ses cheveux, pendant qu'à ses oreilles, Marilyn Manson hurlait des inepties. Tom forma les syllabes, sans bruit.
Ka-boom, ka-boom...
La seringue traînait à terre. L'aiguille était ensanglantée, et la manche de son t-shirt tachée ; énervé, il avait, de prime abord, manqué sa veine et, ne voulant pas attendre le délai qu'apporte l'injection sous-cutanée, avait alors planté violemment la tige de métal dans son avant-bras. Il s'était blessé et avait forcé le passage. S'il était encore lucide, il sentirait venir l'abcès ; il lui faudrait pour ça attendre la descente.
La came parcourut ses veines, déchirant ses entrailles pour se frayer un chemin. Ses doigts, ayant viré au bleu, tremblèrent furieusement. Sa respiration se saccada. Sa vue se brouilla. Puis vint la défonce. Les couleurs, les formes s'échangèrent leur place. Il vit des splendeurs s'animer devant ses yeux. Certaines couleurs, invisibles aux yeux de simples mortels, le firent sourire. Il joignit ses mains et regarda l'air couler entre ses paumes, notant, quelque part dans son esprit, qu'il faudrait prévenir les autres que ce qu'ils respiraient n'était que de l'eau brillante et nacrée. Puis il leva les yeux, admira les étoiles qui ne s'offraient qu'à lui, à cette heure lumineuse. Il eut pitié de tous ces gens qui ne les voyaient que la nuit, mais les passants du parc n'étaient plus, de toute manière, que des créatures féeriques aux yeux violents vêtus de vérité. L'une d'entre elles s'approcha de lui, et Tom descendit de son muret, le sourire aux lèvres. Il allait parler à une elfe. Il contempla la cascade d'onde noire qui se situait à peu près en face de ses yeux et, sans dire un mot, y passa doucement ses doigts. Ses ongles émirent un doux crissement en touchant les filaments solides sillonnés de quelques rayons de lumière. Tom s'émerveilla. Cette sensation lui était délicieusement familière. Deux cavités noires, cachettes des lueurs, le fixaient ; elles étaient entourées d'un océan blanc, et de longs cils qui lui apparurent branches d'encens. Ses paumes descendirent sur la douceur d'une peau d'opaline tiède, pour l'explorer délicatement. Ebahi, Tom tenait dans ses mains une pierre précieuse de la taille d'un visage. Il en rapprocha le sien, tâchant de respirer l'odeur merveilleuse que devait exhaler cet encens.
Bill, face à son frère défoncé, soupira. Les mains sur ses joues étaient glaciales et la pluie les accablait tous deux. Venu pour le blâmer, il ne put en trouver le courage, et le prit simplement dans ses bras.
Tom se sentit partir. L'ange qu'il venait de rencontrer l'enlaçait gentiment. Il serra le corps délicat contre lui, comme pour s'assurer qu'il était matériel. Ses mains, affranchies de toute domination spirituelle, retournèrent se perdre dans la crinière noire. Ses doigts s'y attachèrent doucement, sans violence, se fondant avec les mèches humides. La musique dans ses oreilles n'était plus que murmure aérien, et son elfe apprivoisé ne lui présentait aucune résistance. Il posa ses lèvres sur celles de la créature. Leurs bouches s'ouvrirent pour s'accepter l'une l'autre. Il fut impressionné par la douceur qui semblait émaner de lui-même.
Bill fronça les sourcils. Tom, tenant à peine debout, s'était accroché à ses cheveux comme à une corde de survie, et les tirait si fort qu'il lui faisait mal. Il tira son visage en avant, sa peau froide et trempée s'abattit sur la sienne. En public, prenant surtout le risque d'être reconnu, Tom l'embrassa brutalement. La langue de son frère força le passage. Ses doigts lui malmenaient le crâne, pendant qu'il lui assénait un baiser qui s'apparentait plutôt à de la torture. Sentant une vague de pitié lui retourner la cervelle, Bill se contenta de caresser doucement la tempe de son jumeau avec son index. Le tonnerre gronda autour d'eux, Marilyn Manson continua de s'égosiller, les éclairs se firent menaçants ; grelottant de froid à cause de la pluie qui était maintenant déchaînée, le seul jumeau sobre des deux finit par prendre la main de l'autre et l'emmener jusqu'à l'hôtel.
*
Reprenant conscience, près de trois heures plus tard, Tom était gratifié d'un mal de crâne à déterrer des chênes. Bill était assis à coté de lui, sur le lit, sans le regarder. Il avait son portable à la main ; il avait sans doute veillé son frère avec attention, prêt à appeler les secours au moindre problème. Tom regarda son bras ; son amant avait même désinfecté sa plaie et lui avait posé un pansement. Il eut honte.
« Qu'est-ce qui s'est passé...? demanda-t-il innocemment.
- A ton avis ? Junkie !
- Je fais pas ça contre toi...
- J'espère bien, il ne manquerait plus que ça !
- Merci de... enfin, tu sais.
- Non, je ne sais pas. Enfin, je veux dire, je me fous de ton « merci ». J'en ai marre de tes conneries.
- Fais pas ta crise maintenant, y'a le concert dans pas longtemps.
- Tu crois ? Abruti, on est en retard de deux heures pour se préparer, à cause de toi ! On n'a même pas pu répéter ! Gustav et Georg sont sur les nerfs.
- Je les emmerde !
- De toute façon tu emmerdes tout le monde, non ?
- T'es chiant...
- Tu veux voir ce que ça fait ? »
Bill sortit de sa poche la seringue couverte de sang séché, qu'il avait ramassé dans le parc. Elle était vide, mais ses doigts cachaient ce secret aux yeux de l'héroinomane ; Bill s'apprêta à planter l'aiguille dans son propre bras. Tom se redressa d'un bond, tâcha de l'en empêcher, les yeux écarquillés.
« Arrête ça, crétin ! »
L'intéressé sauta du lit, courut dans le coin de la chambre et appuya la tige de métal sale contre sa peau. Tom lui sauta dessus, le plaqua à terre et lui arracha la seringue des mains.
« T'es complètement inconscient !
- Et toi alors ? »
Tom se mordit la lèvre, puis remarqua que la seringue était vide. Il le prit mal.
« On s'en fout en fait, tu ne te serais rien fait...
- Et alors ? Ca fait quoi de voir son 'petit frère' vouloir se shooter ?
- Tu ne peux pas me faire la morale.
- Qui le fera ?
- Personne, et c'est pas plus mal...
- Mais tu te rends compte de ce que tu fais ?! »
Il détourna le regard.
« Evidemment. Mais tu crois que je peux faire autrement, maintenant ? »
Bill l'enlaça.
« Je suis désolé.
- Je ne t'en veux pas. »
Ils mirent encore quelques instants à réaliser qu'ils étaient allongés par terre, l'un sur l'autre ; Tom posa sa tête sur le torse de son frère.
« On est obligés d'aller au concert ? gémit-il d'une voix enfantine.
- Un peu, oui. Pas que les fans aient payé pour ça, mais presque... Et chanter me changera les idées.
- Je connais d'autres moyens de te changer les idées, mais apparemment ça ne te tente pas.
- C'est pas ça... »
Le chanteur avala sa salive.
« C'est juste que je ne me sens pas vraiment prêt à... 'faire la fille'.
- Ah parce que tu as déjà prévu d'être dans cette position ?
- Tu trouves vraiment que c'est crédible dans l'autre sens ?
- C'est pas faux.
- Tu pourras attendre ? »
Tom sourit. Son frère, dans ses hésitations, lui paraissait adorable, s'enlisant dans un rôle de jeune fille vierge.
« Evidemment. Idiot. »
Les jumeaux restèrent encore quelques instants dans les bras l'un de l'autre avant de rejoindre Georg et Gustav pour les derniers préparatifs. Les critiques leurs furent épargnées, puisque, de toute manière, elles n'auraient servi qu'à compromettre davantage le concert du soir. Ce fut la coiffeuse qui s'énerva la première.
« On n'a plus le temps de te coiffer, Bill ! Tu auras les cheveux lisses, ce soir.
- Tant pis, c'est bien aussi.
- Quant à toi... soupira-t-elle en allant vers Tom, il n'y a rien à tirer de tes cheveux, comme d'habitude.
- Ta gueule, pétasse. »
Le ton sur lequel il lui avait assené cette insulte arracha à la coiffeuse un cri de stupeur. Elle grogna, puis lança :
« Dégage, va plutôt te faire maquiller ! De toute façon je ne vois pas ce que je peux faire pour toi... »
Tom haussa les épaules et, se dirigeant vers la porte, jeta un ½il vers la pile de magazines sur la table basse. Il aperçut alors un livre qui ne ressemblait pas aux autres ; sa couverture n'était pas aguicheuse, il avait le format d'un ouvrage de poche et, en s'approchant, il vit que c'était un grand classique.
« Les Fleurs du Mal ? Chez une coiffeuse ?
- Si tu préfères Paris-Match, y'en a aussi ! soupira la dite jeune femme.
- Tu lis Baudelaire toi ? Tu sais lire ?
- T'en fais pas pour moi. Je pourrai t'apprendre l'alphabet si tu veux !
- Ca ira, tiens, la preuve ! »
Dans son fou rire, Tom ouvrit le recueil à une page au hasard, et se mit à lire.
« L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, allonge l'illimité, approfondit le temps, creuse la volupté. Et de plaisirs noirs... et mornes... Remplit l'âme... »
Sans finir sa lecture, il quitta la pièce.
Persécuté même par les poètes morts... Son sort était bien à déplorer.


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Alors ces deux premiers chapitres vous ont-ils plu ?? J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à lire cette fiction :) Allez hop ! hop ! hop ! A vos claviers, je veux savoir ce que vous en pensez !!! Sinon pas de suite et toc !! xD
# Posté le vendredi 18 janvier 2008 18:30
Modifié le jeudi 21 février 2008 16:06

CHAPITRE III

CHAPITRE III
~ Chapitre III ~

Le concert se passa pour le mieux, bien que Bill ne put s'empêcher de surveiller les faits et gestes de son frère ; l'héroïne faisait encore effet, et il craignait que sa musique s'en fasse sentir. Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était de revoir la seule personne comptant vraiment à ses yeux dans l'état dans lequel il l'avait trouvé quelques heures plus tôt. Faisant de son mieux pour chanter sans laisser transparaître son état, il ne put décrocher ses yeux du corps frêle qu'il voyait maintenant à juste titre : fragile et en danger. Mais était-ce le plus important ? L'esprit de son frère semblait être bien plus atteint encore...
Tom, malgré quelques accrochages, réussit à faire illusion tout le temps qu'il fut sur scène. Ce qui le désola au plus haut point – et l'énerva par la même occasion – fut que Bill ne soit pas capable d'en faire autant. Perturbé, le chanteur accordait le double d'attention à son frère qu'aux fans, se trompait dans ses paroles, se décalait du rythme. Il n'en fallut pas plus pour faire spéculer les journalistes. Dès le lendemain, un magazine people titrait :


*

"BILL KAULITZ : EIN BESORGT SÄNGER ?

Le jeune chanteur du groupe désormais incontournable pour les jeunes, Tokio Hotel, semble avoir des problèmes qui affectent grandement son travail.
Le concert du groupe, hier soir à München, fut un fiasco. Les fans mécontents se plaignent constamment depuis, en particulier sur internet : forums, chats, et blogs sont envahis de commentaires déchirants laissés par les inflexibles admirateurs. Parmi ces remarques, Alana, 13 ans, nous dit : « J'étais au concert hier soir, et je me suis sentie mal pour Bill ! Il était préoccupé, ça se voyait facilement. Je suis sûre qu'il était triste pour un chagrin d'amour ou quelque chose du genre. Avec mes amies, on a décidé de lui remonter le moral ! Mais en attendant, on aimerait bien qu'il aille mieux quand même, parce qu'il chante moins bien quand il est triste, même s'il est trop mignon. »
Alors, réalité, spéculation ? Certaines rumeurs annoncent que le chanteur ne se voit plus comme un membre à part entière du groupe et aurait décidé de le quitter. Peut-on alors imaginer que Tokio Hotel continue à exister, toujours avec Tom Kaulitz mais sans Bill ? D'après les fans, c'est impossible. Ce ne serait cependant pas le premier groupe qui ferait au monde la surprise d'une dissolution en pleine apogée.
D'autres explications sont proposées aux détours du web : le jeune homme aurait sombré dans les déboires habituels des jeunes artistes, devant se construire une personnalité tout en devant supporter le poids de la célébrité. Alors, alcool ? Drogue peut-être ? Informations à confirmer. Ce ne serait pas bien étonnant...
En attendant de découvrir la vérité sur cette affaire, nous vous invitons à envoyer vos messages de soutien ou vos reproches à Bill Kaulitz directement à la rédaction de notre journal, nous ferons suivre votre courrier sans faute, comme d'habitude. À l'affût, amis fans, n'oubliez pas de suivre l'affaire ! "

*

Tom passa sa matinée à se plaindre de ces tabloïds.
« Encore un procès sur les bras... Quand est-ce qu'ils comprendront que non, on ne se sépare pas ?!
- Après tout, on n'est pas obligés de leur faire un procès, souligna Gustav.
- Tu crois que je vais laisser passer ça ? »
Assis à la cuisine du studio, Bill épluchait le magazine, au sens propre. Armé d'une paire de ciseaux bien aiguisés, il découpa soigneusement l'article, prenant garde à faire des contours bien droits. Ceci fait, il le colla bien au centre d'une feuille de papier blanc, puis le posa bien en évidence sur la table. Il passa près d'une heure à lire, relire, apprendre chaque mot de ce torchon horriblement perspicace. Pauvre journaliste, s'il savait que ses supputations étaient si authentiques, il serait effrayé. Ce n'était pas bien grave de se tromper de jumeau. Surtout dans leur cas.
Comme attiré par ces pensées, Tom le rejoignit. Les deux membres restants du groupe étant sortis pour prendre l'air – et par la même occasion, échapper aux plaintes du guitariste – ils étaient enfin seuls. Tom prit, sans mot, le papier trônant sur le meuble, sortit un briquet de sa poche et y mit le feu ; avant de venir, gentiment, passer ses bras autour du jeune homme.
« Sale affaire, hein ?
- Tu n'as pas l'impression d'y être un peu pour quelque chose ?
- Non, pas de reproches... souffla le guitariste. S'il te plaît. »
Ses mains parcoururent le torse de son frère, par-dessus son t-shirt au début, avant de se débarrasser de cette entrave de tissu. Bill n'offrit aucune résistance, presque par dépit ; il se leva pour se donner plus entièrement aux doigts qui le désiraient. Puis, d'un commun accord passé sans paroles, les jumeaux allèrent s'isoler dans leur chambre, de peur que Georg et Gustav ne reviennent.
A peine la porte fut-elle refermée que leur flamme les reprit. Quelque chose dans l'air devait les affaiblir, car ces quelques jeux presque enfantins les mirent dans un émoi qu'ils ne se connaissaient pas ; et, misérables, leurs vêtements allèrent mourir à terre, dans le désintérêt total de leurs propriétaires. Bill s'appuya contre le mur pour ne pas tomber de tout son long, et Tom, dreads retombant autour de son visage, fit glisser ses lèvres dans le cou de son frère, s'abreuvant de ses frissons avec une soif impossible à étancher. Sous ses baisers, son amant se cambra, releva la tête en étirant ses traits ; Tom n'en fut que plus attisé, et il dévora sans vergogne la peau de son jumeau, de la nuque au nombril. Le supposé écorché vif se mordit la lèvre inférieure jusqu'au sang ; ses mains se serrèrent sur les épaules de son frère, incertaines, oscillant entre deux envies contradictoires : l'empêcher d'aller plus loin, et le garder près de lui. Tom traça, avec son pouce, les galbes délicats du ventre qu'il convoitait, puis posa le bout de sa langue sur l'étoile, alléchante, dont la peau de Bill était marquée. La branche supérieure, tout d'abord, en amuse-gueule ; puis les deux secondes, liées, inséparables. La ligne des siamoises de cet astre noir, bien qu'à leur image, ne le satisfit qu'un temps ; et pour atteindre les deux ramures interdites, il glissa ses doigts sous l'élastique du boxer de son frère, pour le faire descendre de quelques centimètres.
Attaque violente. Bill tenta de reculer ; erreur grossière, il s'était de lui-même adossé à la paroi. Il se crispa, ce qui ne put échapper à son amant. Il prit alors les mains du chantre farouche, se remit sur ses jambes et recula, doucement, pour l'emmener sur le lit. Mais c'est alors qu'il comprit l'intérêt de ranger les multiples affaires qui pouvaient traîner...
Tom trébucha sur ce qui avait du être, en des temps reculés, un paquet de Pringles. Déséquilibré, il tenta de se stabiliser en s'accrochant aux poignets de son frère ; mais le pauvre Bill n'avait plus la moindre énergie pour empêcher son jumeau de tomber, et il s'affala, de manière aussi pathétique qu'il était possible de l'être, sur le sol avec lui. Le choc fit vaciller une pile de magazines qui, sans surprise, s'effondra sur Tom. Ce dernier, le visage caché par une revue ouverte, fut saisi d'un fou rire, dans lequel Bill ne tarda pas à le rejoindre. Les deux corps quasiment nus furent secoués de spasmes ; et leurs rires s'entretinrent l'un l'autre. Un instant, ils eurent l'impression de se reconquérir. Ils retombèrent en enfance, se chamaillèrent à grands coups d'oreillers, en firent même éclater un ; ils furent sidérés de voir quelle quantité de plumes un simple coussin pouvait déverser dans la chambre, et pour finir, essoufflés, ils se laissèrent tomber sur le matelas. Tom tendit le bras pour récupérer un élastique sur la table de nuit, dans le but de rattacher ses cheveux, mais Bill l'en empêcha. Il joua avec les épaisses mèches emmêlées pendant quelques instants, les yeux brillants.
« Je te préfère comme ça.
- Tu es sûrement le seul.
- C'est important, les autres ?
- Tu sais bien que non. »
Bill eut l'air pensif.
« Peut-être que Georg et Gustav réagiraient bien, si on leur disait qu'on est ensemble...
- T'es pas fou ? Limite on se ferait mettre à la porte. Ils trouveraient un moyen de continuer TH sans nous... C'est qu'ils sont futés, ces deux là. Deux vrais McGyver.
- Je ne suis pas sûr qu'ils arrivent à faire un album avec de la ficelle et un tube de Smarties.
- On sait jamais... Faut se méfier !
- Bah, ils finiraient bien par se faire séquestrer par Patty et Selma Simpson.
- Tu regardes trop la télé.
- Mais c'est toi qui as parlé de McGyver en premier !
- Moi c'est pas pareil. Je suis Tom Kaulitz !
- Tu es Dieu peut-être ?
- Tu en doutes ?
- ... Pas tant que ça. »
Avec quelques instants de retard, Tom fut perturbé par les paroles de son frère.
« Tu veux vraiment leur dire ?
- Pas nécessairement, c'est juste que je ne veux plus me cacher... »
Les yeux de son frère s'évadaient dans un monde où il n'avait pas sa place. Jamais, ô grand jamais Tom n'avait envisagé dévoiler la relation qu'ils entretenaient. Il n'avait d'ailleurs jamais rien envisagé du tout ; il n'était pas même sûr de ce qu'il voulait qu'elle devienne. En deux ans, il n'avait acquis envers Bill aucune certitude et se contentait de découvrir une nouvelle sorte de liaison, pour le moins dangereuse, courant après les rapports physiques en ayant toujours une longueur de retard. Cela ne lui déplaisait pas, et il se surprenait souvent à savourer mentalement la douceur des dons rares et si uniques que cette attirance lui octroyait. Et s'il ne s'était jamais privé de le tromper, il sentait, au fond, que cette relation était, pour lui, la seule à avoir une quelconque valeur. Et, s'il n'arrivait pas à distinguer cette importance dans le vide sidéral qui lui servait de vie sentimentale, du bout de ses doigts jusqu'à la pointe de ses cheveux, de sa guitare jusqu'au sol qu'il foulait, au nom de tous les dieux chrétiens et païens, il priait pour qu'elle ne se termine jamais.
*
La journée se termina dans la bonne humeur. Rassurés, les jumeaux étaient devenus plus calmes et, à la plus grande joie de tout le groupe, ils purent même répéter sérieusement, pour la première fois depuis longtemps. Tom ressentit à nouveau le bonheur d'avoir des cordes de nickel vibrant sous les doigts, et joua comme jamais il n'avait joué avant ; il était déplorable que ce ne soit ni en concert ni en studio, mais quelle importance : il avait retrouvé la passion. Peut-être se l'était-il fait transmettre par la peau et la chair de Bill, un peu comme une maladie hautement contagieuse que les coupables de jeux interdits ne peuvent éviter...
Il s'en contenta amplement.
Bill quant à lui, avait, pour quelques heures, oublié cette affaire d'article, oublié la drogue de son frère, oublié le tabou de l'inceste, les moqueries des gens, les fans, le monde. Il décida de ne se définir que comme un être en rapport à son frère. Une partie de lui. Ainsi seulement il était heureux. Et, égaré dans l'abîme d'une chanson, il essayait de s'empêcher de penser à ce qui devrait nécessairement venir après.

Wir wollten nur reden...
Mais cette pensée était toujours là : ce n'avait jamais été, en deux ans, ce qu'il avait recherché dans leur relation, et il ne pensait pas le vouloir un jour.
Und jetzt liegst du hier...
Et lorsque le soir vint, et qu'ils reprirent la route en direction d'un hôtel dans la ville de leur concert suivant, les jumeaux réfléchirent à un énième plan pour discrètement ne prendre qu'une chambre, sans que Georg ou Gustav ne se rendent compte de rien.
Und ich lieg daneben...
Et lorsque les draps jetèrent sur eux les chaînes de la pudeur, ils se retinrent de bouger.
Willkommen im Hotel.

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Nyaaaaaaaaaaaaaaaaaah vous n'avez vu la photo !!! C'est moi qui l'ai prise au concert de Lille !!!!!!!!! *________________* Raaah putain ce concert était magnifique, magique, extraordinaire, le seul élément qui me manquait c'était ma twin et alors tout aurait été parfait !! J'étais au premier rang et je redonnerai tout pour y être de nouveau, malgré le froid mordant, la fatigue dûe à une nuit bruyante et trop éclairée mais aussi dû au stress et à l'impatience !! D'ailleurs, je retente l'xp à Strasbourg, j'espère que ce concert au zénith de Strasbourg sera aussi bien que celui de Lille !!!!
Sinon le chapitre vous plaît ??? Dites moi tout !!!!!!!! Bizoooox
# Posté le samedi 19 janvier 2008 09:50
Modifié le jeudi 21 février 2008 16:07

Votez pour eux !!!

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VOTEZ POUR EUX!!!!!!!!!!!!!!! Je vous l'ordonne !!! *fait des trucs bizarres avec ses mains comme si elle essayait j'ai bien dit essayait d'hypnotiser une moule* XD je craque ...
Vous allez dans la catégorie "groupe/duo international" et pis ben tu vois bien où ils se trouvent xD sinon ben euh c'est que t'es trop con va te chercher un lacet :p
Sinon vous trouvez pas que c'est trop trop choupinounet extra craquant (oui je gagatise merci j'avais remarqué !!) leur accent !!! *_____________________________________*
Je kyaaaaate comme une folle à chaque fois, même quand ca passe sur NRJ, bon quand je suis au volant je tente de me retenir, mais je ne peux m'empêcher de laisser échapper un petit gémissement pathétique d'euphorie U___U" mais j'assume hein ??!! XD C'est déjà pas si mal !


PS : C'est à cette adresse --> *
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# Posté le samedi 19 janvier 2008 10:12
Modifié le samedi 19 janvier 2008 18:18

CHAPITRE IV

~ Chapitre IV ~

Les semaines suivantes, Bill et les autres furent épuisés par les journalistes qui, bien qu'ils aient connaissance de ce que leurs confrères avaient obtenu d'eux, continuaient à tenter de glaner quelques informations sur une éventuelle séparation ; tant et si bien que dès la tournée terminée, ils s'offrirent quelques jours de vacances dans le glorieux pays des mille lacs.
Dans l'avion, Georg et Gustav furent installé trois rangs derrière les jumeaux. Et même si tous se plaignirent, quelques instants, de cette situation qui allait les empêcher de converser tous ensemble, chacun se satisfit grandement de leur condition. Au fond de l'avion, après avoir discuté, s'être chamaillés et avoir ri lorsque le batteur, tentant de détacher la tablette repliable devant lui, avait poussé un cri en voyant la petite poignée lui rester dans la main, ils finirent par se calmer et, somnolant presque, assistèrent passivement au décollage de l'appareil qui les entraînait vers le nord. Gustav ne put en revanche pas contenir une blague qu'il adorait.
« Bon, on va faire le listing de ce qu'on pourra visiter en Finlande. »
Il reçut un coup de poing dans les côtes.
« C'est pas bientôt fini ? Tu crois que tu vas t'en lasser un jour, de cette blague ?
- Ca va pas ? J'en suis fier !
- Fais-toi sponsoriser, au moins tu toucheras de l'argent en l'utilisant...
- Fais pas ta mauvaise tête, grand nigaud.
- ... Nigaud ?
- Je ne sais pas d'où je l'ai sorti ! »
Ils rirent tous deux, l'un tenta de chatouiller l'autre, et cette épique bataille se termina avec deux soldats comme mis à terre, essoufflés, souriants. Et sous le pan d'une veste, pour mieux garder leur secret, deux mains s'effleurèrent avant de se suspendre l'une à l'autre.
Les jumeaux s'accommodèrent bien plus vite de leur isolement. Il ne leur fallut que quelques instants pour que Tom se mette à jouer avec les ongles peints de son petit frère, puis avec les mèches de ses cheveux. Il lui parla littéralement de la pluie et du beau temps, ce qui fit beaucoup rire l'intéressé, et, finalement et en toute simplicité, posa son menton sur l'épaule de Bill, penché sur un livre.
« Qu'est-ce que tu lis ?
- Je n'en ai pas... la moindre idée. C'est un journal finlandais, ça traînait là.
- Ben voyons. Les gens laissent de ces casse-têtes...
- Je ne sais même pas pourquoi je fais semblant de lire, pouffa le chanteur avant de frapper son frère sur le front avec ce même journal.
- Tu vas me le payer ! »
Et alors qu'ils se bagarrèrent bruyamment, affalés dans l'allée, une hôtesse vint leur demander gentiment d'essayer d'être plus calmes. Tom usa de son charme et, quelques minutes plus tard, malmenait la chair de la jeune femme dans les toilettes, bien calé entre ses jambes. Sa besogne finie, il sortit sans dire un mot, la laissant haletante, tâchant de refaire son chignon. Il ne comprit même pas pourquoi Bill boudait quand il revint, et tenta de lui parler pendant les deux heures que dura le voyage, sans succès. Il finit par abandonner et reporter son attention sur Georg et Gustav alors qu'ils se dirigeaient vers la maison tranquille qu'ils avaient louée, au bord d'un lac. Bill, tel un gamin, s'émerveilla devant l'eau brillante dans laquelle se reflétaient les arbres ; il ne fallut pour autant pas longtemps avant qu'il ne se plaigne du climat...
Quelle idée de venir en Finlande en novembre.
L'endroit était pour le moins pittoresque. Il va sans dire qu'il leur avait coûté cher ; mais leur dernière tournée ayant eu un succès monumental, ils pouvaient se le permettre sans trop compter. La maison était rustique mais confortable ; les murs étaient de briques rouges à l'intérieur du salon, et une cheminée magnifique y trônait. Le plancher était patiné, sans doute existait-t-il depuis plusieurs décennies. Son bois ancien avait dû supporter les pas de plusieurs générations. Quant aux chambres, elles étaient plus féériques encore : les montants des lits étaient en métal forgé, ancien, et pour l'un d'entre eux – que Bill s'empressa de s'approprier – il y avait même du lierre qui y montait, branches envahissantes pressées d'aller mourir plus haut sur le mur. L'ambiance romantique qui régnait réjouit Gustav et Georg ; Tom s'en désintéressa complètement, et Bill tâcha de l'oublier. Il ne voulait pas se faire souffrir pour rien.
Ce qui rendit Tom euphorique fut de trouver une grande pièce simplement meublée de quelques chaises, apparemment bien isolée ; il y installa les cinq guitares qu'il avait emportées, et ne quitta plus l'endroit, alors que les trois autres étaient dehors. Bill s'emmitoufla chaudement dans une lourde écharpe et mit des mitaines ; ravi d'avoir emmené ses bottes, il alla, avec les deux autres touristes improvisés, s'aventurer dans la neige.
Tom, de son coté, ne travailla sa musique que peu de temps. Il finit par se laisser tomber sur une chaise, seul dans la maison vide, pensif. Il se rendit progressivement compte de l'erreur immense qu'il avait fait dans l'avion, en cédant une fois de plus à ses pulsions. Mais ce fut d'un coup, brusque, dans les entrailles, que la vérité crue le poignarda.
Se pouvait-il que... ?
Ce qu'il n'avait jamais compris en deux ans commença à lui paraître évident. Et il découvrit à quel point ses sentiments pouvaient être contradictoires : face à cette réalité dévastatrice, toute-puissante, il priait à la fois pour avoir raison et pour se tromper. D'un instant à l'autre, il passait de la peur à l'extase, grelottait de froid, mourait de chaud. Il se redressa, se laissa tomber à terre, s'échappa, reprit le contrôle, il était un pantin à la proie de sa raison annihilée par cette fièvre.
Se pouvait-il vraiment que... ?
Il sortit en t-shirt, grelotta, debout dans le manteau blanc qui recouvrait les terres finlandaises. Les autres avaient dû partir en éclaireurs, car il était seul face à l'étendue d'onde azurée. Il fit quelques pas, s'approcha de l'eau qui semblait ne plus vouloir tarder à geler, et y glissa ses doigts. Le froid lui déchira la peau ; Tom ferma les yeux et avança ses bras plus loin dans le lac glacial. Ses poignets se rompirent, le gel dévora ses os. Et le guitariste continua. Lentement, il s'écorcha, avec l'arme la plus élémentaire, la plus fluide qui soit : l'eau. Avant-bras, coudes. Il réalisa que cette sensation pouvait être aussi hallucinatoire que la drogue ; aussi dangereuse également. Ses yeux le quittèrent, sa colonne vertébrale se tordit, mesurable sur une nouvelle échelle de douleur.
Mais n'était-il pas impossible que... ?
Ses bras commencèrent à plonger à leur tour. L'eau glacée lui parut brûlante. Il avait perdu toute notion du froid ou du chaud ; cette influence était bien au-delà de toutes ces nuances. Tout son corps l'abandonna d'un coup. Lorsque l'esprit sombre dans la folie, son enveloppe corporelle a toujours cette réaction : lâcher prise. Il glissa. Ses jambes s'étalèrent dans la neige, faisant remonter son t-shirt. Son ventre fut mordu par le venin impitoyable de la neige ; son torse s'y enfonça, en équilibre sur la berge. Ses épaules s'immergèrent et entraînèrent son visage dans leur folle descente. Trop frêle pour crier, il se laissa dégringoler. Il ne lui restait que ses pensées.
Mais n'était-il pas...
Ce dernier songe fut violemment interrompu par deux mains sévères qui le tiraient hors de l'eau. Le visage bleu, les cils gelés, Tom eut peine à ouvrir les yeux ; il fit alors face à ceux de son frère, mort de peur, qui le fixait avec un mélange de déception profonde et de ranc½ur. Il reçut une violente gifle.
« T'es pas fou ?! On va finir par te faire interner, psychopathe ! »
La tache rosée sur sa joue contrasta fortement avec sa peau bleue. Et en voyant son frère fondre en larmes, d'effroi et d'énervement, ses doutes s'envolèrent. Alors ainsi, c'était la réalité. Son frère était amoureux de lui.
Il n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle.
Tom eut envie de mourir.
*
Ils mirent un point d'honneur à rester dans des chambres différentes, mais pour des raisons qui leur échappaient profondément. Tom était effrayé de l'histoire dans laquelle il s'était embarqué ; Bill lui était blessé du comportement de son jumeau. Et, par cet illustre concept que sont les vacances, ils étaient libérés de la contrainte des répétitions ou des concerts. Ce ne fut que lors d'une activité qu'ils avaient prévue en choisissant la Finlande comme destination qu'ils durent se côtoyer à nouveau.
Six novembre : jour de l'indépendance de la Finlande. Jour de fête et de gloire pour tous les habitants du pays, célébrant la joie d'être sortis de l'empire Russe, presque cent ans plus tôt. La soirée s'annonçait grandiose ; une immense scène avait été montée, et les plus grands artistes venaient y assurer le show ; plus loin, les artificiers préparaient le spectacle céleste qui devait avoir lieu un peu plus tard. Les plus belles fusées, les plus beaux fireworks étaient au rendez-vous ; et la position nordique de la Finlande lui permettait d'avoir une nuit noire aux alentours de 17 heures, ce qui permettait des feux d'artifices plus longs et plus spectaculaires.
Ils sourirent tous les quatre en voyant monter sur scène les monstres abominables formant le groupe Lordi, vainqueurs de l'Eurovision 2006 ; la foule était déchaînée. Ces créatures étaient devenues un véritable phénomène international, mais il était évident que c'était dans leur pays natal qu'ils étaient le plus aimés. Bien qu'il soit légitime de se demander si, avec une allure pareille, c'était ce qu'ils recherchaient...
Ils laissèrent la place à une jeune femme aux longs cheveux noirs, gracieuse et charismatique, qui rendit l'assistance presque aussi hystérique que ses prédécesseurs. Elle avait de longs membres fins, portait des vêtements vaporeux, et chantait avec l'assurance d'un homme : Hanna Pakarinen. Elle fut rappelée plusieurs fois par le flot humain qui lui faisait face, et il fallut attendre plusieurs chansons avant qu'elle ne laisse place, à son tour, à un groupe un peu plus obscur.
Quatre jeunes hommes pour le moins excentriques montèrent sur scène. Très glamour, le chanteur se mit à réciter des horreurs en anglais.
« When you're feeling sad and lonely, and you don't know what to do ~
When you're feeling cold and phoney and you don't know what to do ~
I don't care, I don't care, I don't care,
I don't mind if I just don't care !
I don't care, I don't care, I don't care,
I don't mind if I just don't care... about you ! »
Bill se mordit la lèvre, quasiment jusqu'au sang. 'Quand tu te sens triste et seul, et que tu ne sais pas quoi faire... je m'en fiche, je m'en fiche et je n'en ai rien à faire si je m'en fiche... de toi' Quel triste réalisme. Il eut l'impression sordide que c'était ce sur quoi était basée la relation amoureuse dans lequel il était prisonnier.
Il réfléchit longuement. Le bruit de la foule devint sourd autour de lui. Et au moment où il s'apprêta à prononcer les mots fatidiques, à mettre un terme à la liaison à laquelle il tenait temps ; au moment où ces quelques syllabes : ''je te quitte'' s'imprimèrent sur ses lèvres, le groupe sur scène entonna une nouvelle chanson.
« Nothing but the sky, to keep us together... I love you forever »
A ces mots, le premier feu d'artifice, rouge, splendide, explosa en plein ciel. Rien d'autre que le ciel, pour nous garder ensemble...
Je t'aimerai toujours.
Bill s'accrocha brusquement à la main de son frère. Il entrelaça leurs doigts et serra aussi fort qu'il put, les yeux baissés. Tom sourit en le regardant, les joues roses ; il ne sut dire si les chatouilles qui faisaient rougir son visage étaient réellement dues au froid, ou au contraire, à cette chaleur inexplicable qui parcourait sa main.
Après le concert, et après avoir admiré – chacun de leurs cotés – les rayures colorées qui parcouraient le ciel, ils tâchèrent, tous ensemble, d'aller dans les coulisses, tenter de se faire quelques relations. Alors que Gustav semblait émerveillé par les monstres masqués, les autres le traînèrent par le col vers le dernier groupe qui était passé. Le chanteur leur fit un plaisant sourire en s'approchant ; les quatre jeunes hommes furent étonnés de la facilité avec laquelle il s'adressa à eux en Allemand. Lové dans des vêtements noirs ornés d'étoiles et de plumes, il avait un grand sourire jovial scotché sur le visage. Ses yeux maquillés et les boucles d'oreilles clinquantes qui pendaient à ses lobes étaient impeccables ; il était difficile d'imaginer qu'il venait d'exécuter une performance aussi énergique sur scène. Seule la sueur qui coulait sur ses tempes le laissait entrevoir. A peine Bill tenta-t-il de faire les présentations, l'androgyne face à eux l'interrompit.
« Bien sûr, on vous connait ici aussi. Vous avez plus de succès que nous... »
Et il tendit vers eux cinq longs doigts fins aux ongles argentés.
« Jann Wilde. Ravi de vous rencontrer ! »
Bill serra mollement la main qui lui faisait face.
« Enchanté... Bill-
- Kaulitz, je sais ! lança Jann avec un grand sourire. Je te le dis, vous êtes connus ici.
- Limite on est jaloux ! Souffla Tender en secouant ses mèches platines. »
Tom était ébahi devant le look du grand blond. Et s'il ne retenait pas Gustav d'une main pour l'empêcher de courir vers Lordi, il lui aurait très certainement sauté au cou. Tender lui tira la langue, exposant la petite boule bleue qui y trônait, puis retourna discuter avec René et Ardé. Ils entonnèrent soudain tous trois Lover, lover, lover, en imitant les mimiques de leur chanteur, qui leva les yeux au ciel.
« Ils sont incorrigibles... Bref. Vous êtes de passage en Finlande pour un concert ? Ou bien ?
- On est seulement en vacances, en fait. Une petite pause. On a eu quelques problèmes avec la presse... On préfère s'en tenir à l'écart pour quelques temps.
- Vous avez raison, il n'y a qu'une manière efficace contre les journalistes : les fuir !
- Nous on aimerait juste qu'ils viennent... pleura Tender sans pouvoir se défaire de son sourire.
- Ils viennent bien assez !
- Penses-tu, on a trois fans à tout casser.
- Et plus de deux milles amis Myspace.
- Technocrate ! s'écria le batteur. »
Bill s'amusa de cette scène et leur adressa un grand sourire, qui en déclencha à son tour un chez son jumeau. Mais la petite discussion sympathique fut brisée lorsque, entendant le rire tonitruant du chanteur de Lordi, Gustav et les deux autres musiciens coururent vers lui, les yeux brillants, comme appelés par le vaisseau-mère. Bill soupira.
« Je vais les rejoindre...
- Tu sais gamin – ça t'embête si je t'appelle gamin ? – tu es plutôt mignon avec ton frère.
- Hein ?
- Viens, j'ai à boire dans la loge, on va discuter. »
Bill s'attendit au pire ; en arrivant dans la loge, il se préparait psychologiquement à devoir avaler un alcool fort digne d'un ex-état soviétique. Jann sortit d'un petit frigo une étrange bouteille de verre, dépourvue de toute inscription, remplie d'un opaque liquide blanc. Il força un peu pour retirer le bouchon bleu, sortit un grand verre et le remplit à ras-bord. Son invité l'examina un moment. Jann, la tête penchée sur le coté, finit par réagir.
« Ah ! Tu n'aimes peut-être pas le lait ? Moi je suis accro alors j'oublie toujours qu'il y a des gens qui n'aiment pas en boire...
- Du lait ?
- Ah oui, ça, la vodka est moins épaisse en général. »
Ils rirent ensemble ; Bill se sentit plus à l'aise. Jann porta son verre à ses lèvres, s'essuya ensuite la lèvre supérieure qu'il s'était couverte de lait, et reprit la conversation qu'il avait entamée.
« Je te disais donc... Tu es mignon avec ton frère, mais ne prends pas trop les gens pour des abrutis. Vous devriez plutôt vous assumer, tu sais.
- Ca se voit à ce point-là ?
- Peut-être que c'est juste moi qui suis clairvoyant... mais je dirais que oui. »
Bill baissa les yeux.
« Moi, je veux le dire aux autres. Mais Tom n'est pas du même avis... Souvent je me dis qu'il est plus raisonnable que moi sur ce point, mais c'est quand même désagréable de se cacher.
- Tu parles de tes amis ? Oh ne t'en fais pas, eux ils ne voient rien, ils ont leurs propres problèmes sentimentaux, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Roule des gamelles à ton frère devant eux, ils s'en rendront à peine compte.
- Problèmes ?
- Ah, tu n'es pas beaucoup plus lucide qu'eux, alors... Enfin, ma vie sentimentale n'est pas rose non plus. »
Jann s'affala sur la table, les yeux mi-clos ; son sourire se fit doux, il croisa les bras devant lui comme une jeune fille en proie à son premier amour, traquée et heureuse de l'être. Quelques mèches s'imposèrent avec résolution devant ses yeux marrons ; il se mit à murmurer.
« Enfin... qui sait si c'est de l'amour ou de l'idolâtrie. Les deux sont des péchés... »
Le jeune chanteur pencha la tête sur le coté, faisant sourire son aîné. Et après s'être ressaisi, l'avoir rassuré quant à sa santé mentale – bien qu'il ait parlé tout seul – Jann finit son verre de lait comme un enfant, puis ébouriffa un peu plus la coiffure déjà hérissée de Bill.
« Tu es mignon ! Tout angélique. Ne te laisse pas trop marcher sur les pieds par ton frère ; s'il te fait du mal, dis-lui directement. S'il n'a jamais à s'excuser, il croira qu'il ne peut pas te blesser...
- Je comprends, acquiesça-t-il. Simplement, c'est plus facile à dire qu'à faire.
- Bien sûr ! Je n'en fais pas la moitié.
- Faites comme je dis, pas comme je fais...
- On ne ferait pas nos métiers si on n'était pas beaux parleurs, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas faux.
- Allez, file, les autres doivent t'attendre avec Tomi. Joue un peu ton rôle de leader !
- ... Tomi ?
- Ah, tu ne connaissais pas son nom ?
- Le monstre ?
- Il est très gentil.
- Je n'en doute pas...
- Tu verras, c'est un amour. »
En regardant s'éloigner Bill, Jann s'appuya contre le mur. Il ne s'attendait pas à rencontrer un jeune homme aussi adorable et délicat dans ce genre d'ambiance, et regretta un instant que le virus du glam rock ne l'ait pas atteint. Puis d'autres pensées lui vinrent ; à quoi son idole ressemblait-il au même âge que ce petit ange ? Etait-il aussi incertain, doutait-il de ses charmes ? Pour sa part, il n'avait pas évolué depuis ses treize ans, et était toujours un amoureux aussi fleur bleue. En prise avec une violente attaque de romantique, il cacha son visage rougissant dans un foulard et s'imagina, un instant, glisser sa main dans les cheveux et y mélanger blond et brun, jusqu'à créer une nouvelle couleur.
Une qui leur irait à tous deux.


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Raaah Perusse/TH c est que du bonheur !! xD personnellement je trouves ca trop hilarant !! Je trouve que c est une bonne idee de la part des fans d avoir fait ca :) Si ca vous plait j en mettrais d autres ;) Lâchez vos comms !!!!!!!!!!! Bizooooooooooooooooooox


PS : ATTENTION JE M AUTO FAIT DE LA PUB XD donc allez sur mon autre blog c'est une fic yaoi, twincest avec les TH et d autres personnages de la musique europeenne ;) --> *
# Posté le mercredi 23 janvier 2008 13:20
Modifié le jeudi 21 février 2008 16:08